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2009 : L'Heure bleue : Changement climatique, énergies de la mer et biodiversité > Table Ronde 1 – Changement climatique : les enjeux Nord Sud, la sécurité maritime et pêche >  Le Banc d’Arguin, Mauritanie : pourquoi la mise en place d’un observatoire ?

Le Banc d’Arguin, Mauritanie : pourquoi la mise en place d’un observatoire ?

Raymond Laë, Centre IRD de Bretagne

Biographie :

LAE Raymond

Compte rendu :

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Transcription :

15 octobre 2009 Table ronde 1


Discours de Raymond Laë :

Brigitte Bornemann-Blanc : La ressource pêche va être présentée par deux personnes. Tout d’abord, Raymond Laë, chercheur à l’IRD qui travaille en Mauritanie dans le Banc d’Arguin, et puis par Gérald Hussenot Secrétaire général du Comité régional des pêches. Ils ont des points de vue complémentaires, avec des préoccupations extrêmement différentes.

Raymond Lae : Je vais vous entraîner vers des climats très différents de ce que l’on vient de voir avec l’Arctique, puisque l’’on va migrer vers la zone intertropicale. Pourquoi cette zone est-elle intéressante et pourquoi ai-je choisi de vous la présenter ? D’abord parce que je travaille à l’Institut de Recherche pour le Développement, qui intervient principalement dans les pays en voie de développement et dans les pays du Sud. Ensuite parce que, comme le Pr Ricard l’a dit tout à l’heure, c’est une zone extrêmement importante puisque c’est là que le climat mondial se forme. Et cette zone subit, en ce moment, de nombreux phénomènes de changement climatique, en particulier la sécheresse. Ces phénomènes peuvent être précurseurs de ce qui peut arriver ailleurs. Avec le Banc d’Arguin, situé en Mauritanie, on se rapproche de la zone côtière. Toute la zone côtière et les milieux d’interface sont extrêmement importants pour la ressource marine, y compris pour la ressource en poissons simplement parce qu’une bonne partie des poissons ont une écophase dans les milieux côtiers et dans les milieux estuariens. Donc la préservation de ces écosystèmes, qu’on appelle des « habitats » et qui sont relativement sensibles, est essentielle pour la préservation de la ressource. J’aurais pu faire la même présentation sur un certain nombre d’estuaires du Sénégal ou de lagunes des pays d’Afrique de l’Ouest. On y observe, avec les changements climatiques et la diminution des apports en eau douce, une augmentation de la salinité qui peut être extrêmement importante. Normalement, dans un estuaire, la salinité est comprise entre 0 et 35 0/00 mais l’augmentation de température, la diminution de la pluviométrie et l’augmentation de l’évaporation, entrainent des élévations de salinité pouvant atteindre 100 0/00 et même 120-130 0/00. Il y a naturellement des répercussions très importantes sur les peuplements de poissons. Certaines espèces sont incapables de résister à de telles salinités, elles vont donc se raréfier ou disparaître. D’autres, au contraire, vont être capables de se développer, de s’adapter en modifiant notamment leurs paramètres de croissance et/ou de reproduction. On va alors observer dans ces milieux exigeants une dépense énergétique forte liée à l’osmorégulation et se traduisant ensuite par des croissances faibles, des reproductions qui interviennent très tôt à des tailles très jeunes. C’est donc un ensemble de processus qui se mettent en place, que l’on peut observer et qui pourraient se produire dans d’autres écosystèmes dont les environnements seraient appelés à évoluer.
Je vais revenir plus particulièrement sur le cas du banc d’Arguin. C’est un système côtier qui a été divisé en deux parties. La première est incluse dans le Parc national du Banc d’Arguin, qui est mis en réserve avec un ensemble de mesures de préservation de la ressource. C’est un milieu important du point de vue ornithologique, je pense que la réserve a été mise en place il y a une trentaine d’année pour les oiseaux, mais avec un certain nombre d’interdiction en matière d’usage et notamment en matière de pêche. En effet, dans un espace marin de l’ordre de 6000 km2, les bateaux à moteur sont interdits, et donc la pression de pêche est extrêmement faible, de même que les captures.
Je vais replacer nos études dans le cadre des dangers qui menacent les écosystèmes marins sous les impacts combinés du changement climatique et d’un phénomène de surpêche très important. L’Afrique de ce point de vue-là est très concernée avec une exploitation industrielle très forte et une exploitation artisanale très importante. Des phénomènes de pollution se développent ainsi que la destruction d’un certain nombre d’habitats. Enfin on constate également un échec des systèmes de gestion mis en place. C’est un thème dont on parle régulièrement : la ressource est en danger, il y a surcapacité de pêche… Le modèle mis en place actuellement n’est pas satisfaisant. Il se traduit par un déclin des captures mondiales depuis les années 1980. La Mauritanie est une zone extrêmement importante, située entre le courant des Canaries qui arrive du nord et le courant de Guinée qui arrive du sud. On a constaté, depuis une vingtaine d’années, que la température de l’eau a tendance à augmenter. C’est également une zone d’upwelling importante. Un upwelling est une remontée d’eaux froides riches en sels nutritifs, il y a donc la mise en place d’une chaîne de productivité extrêmement intense et riche qui amène une ressource très importante. La mauritanie est caractérisée par la présence de deux upwellings : un, au nord, qui est permanent, et un, au sud qui est saisonnier avec une forte variabilité cyclique interannuelle ; on observe actuellement une tendance à la baisse de ces upwellings. Enfin, dans cette zone a été mis en place le Parc naturel du Banc d’Arguin qui fait 12000 km2 dont 6000 km2 dans le secteur maritime. Ce parc a un rôle important dans la protection de la biodiversité, pour les oiseaux, puisqu’on est dans une zone de migration des oiseaux qui viennent d’Europe vers l’Afrique, mais également pour les poissons puisqu’on peut penser que le Banc d’Arguin est un poumon qui va réalimenter toute la région environnante. De ce point de vue, on observe déjà un certain nombre de phénomènes de migration sud/nord de certaines populations de poissons, jusque dans notre pays. Ainsi, dans le Golfe de Gascogne, en France, zone limite de répartition des poissons du nord et des espèces du sud, on constate une présence de plus en plus en forte des espèces du sud ce qui traduit bien une élévation de la température moyenne de l’eau.
La conséquence prévisible de tous ces phénomènes, est évidemment, pour la Mauritanie, une baisse de production et donc une baisse d’exportation puisque les activités de pêche sont principalement réservées à l’exportation, ce qui est vrai pour tous les pays de la sous-région également. Il y a évidemment une possibilité de migration vers le nord de certaines espèces qui vont remonter sur les côtes du Portugal et dans le Golfe de Gascogne.
Dans le même temps, la préservation du banc d’Arguin peut être menacée par différentes pressions anthropiques. Actuellement, des travaux sont en cours, notamment l’ouverture relativement récente d’une route allant de Nouadhibou à Nouakchott, ce qui a entrainé des déplacements plus fréquents, de l’urbanisation avec tous les dangers que cela peut représenter pour le littoral. Il y a également un fort développement de l’effort de pêche, notamment à la limite du parc puisqu’on considère qu’une partie de la biomasse produite dans la réserve est réexportée vers l’extérieur. On parle également d’un possible démarrage de l’exploitation pétrolière offshore, située à la limite du banc d’Arguin. Enfin, certains travaux sont évoqués et notamment la construction du port, d’un aéroport international… Tout cela peut évidemment avoir de fortes répercutions sur l’environnement littoral.
On comprend mieux dans ce contexte, l’intérêt de mettre en place un observatoire ayant pour principal objectif de recueillir un ensemble d’informations sur le banc d’Arguin. Paradoxalement, ce milieu est relativement mal connu, et particulièrement la circulation de l’eau. On s’est aperçu, en fait, que le banc fonctionnait à peu de choses près comme un système lagunaire. Il y a encore beaucoup d’informations à recueillir sur la chaîne trophique, par exemple sur l’importance du comportement benthique, sur la nature des peuplements : le Banc d’Arguin est un estuaire fossile composé de nombreuses espèces d’origine estuarienne. Il y a aussi de beaucoup d’informations à recueillir sur les usages. Cet ensemble d’informations doit permettre de cerner le parc et son fonctionnement. On pourra les utiliser pour construire un certain nombre d’outils : zonation du parc, construction d’indicateurs permettant de suivre son évolution dans le temps, définition d’activités durables dans un cadre de gouvernance. Une importance particulière est donnée à la communication scientifique. Un effort semblable de sensibilisation et de formation des populations est fait dans toutes les aires marines protégées.
Les travaux actuellement entrepris dans le banc d’Arguin sont en grande partie réalisés par des équipes brestoises puisque l’IRD a un centre à Brest. Nous travaillons avec deux instituts mauritaniens : l’IMROP (Institut Mauritanien de Recherche Océanographique et des Pêches) et le PNBA (Parc National du Banc d’Arguin).
Nous menons aussi différents travaux, autant nationaux qu’internationaux
- dans le cadre du PRCM (Programme Régional de Conservation Marine) projet basé sur les côtes de l’Afrique de l’Ouest, avec des financements extérieurs et notamment de l’UICN,
- un projet PACOBA, programme d’amélioration des connaissances sur le banc d’Arguin avec un financement du Fonds de Solidarité Prioritaire du MAE qui fait intervenir deux équipes de Brest, l’IRD et le LEMAR de l’IUEM,
- un projet ANR sur les aires marines protégées utilisées comme outils de conservation de biodiversité mais également de gestion des ressources, labellisé Pôle Mer Bretagne-PACA avec un financement de l’ANR biodiversité. Ce projet fait intervenir plusieurs équipes brestoises.
Le dernier projet s’intitule AMP et co-gestion et favorise le développement d’initiatives de co-gestion pour l’intégration des AMP dans l’aménagement des pêches en Afrique de l’Ouest. C’est un projet qui va prochainement débuter sur un financement de l’Agence française de développement.

Brigitte Bornemann-Blanc : Juste deux questions. La première : Comment travaillez-vous avec la Mauritanie et les autres pays ? La deuxième : l’IRD a une influence très importante au niveau mondial, et travaille beaucoup en coopération, comment pensez-vous pouvoir développer ces recherches avec d’autres pays encore ? Est-ce qu’il y a des établissements qui sont organisés en Mauritanie ou dans des pays limitrophes pour construire cette base de données et ce centre d’observations.

Raymond Lae : Pour ce qui est du travail avec la Mauritanie, l’IRD travaille en Afrique depuis très longtemps (une cinquantaine d’années). Nous avons donc toute une série d’accords-cadres avec différents pays africains. Il y a une très forte demande de ces pays. Je vous ai parlé de la Mauritanie parce qu’il fallait se focaliser sur un pays, mais tous les projets que nous montons actuellement sont des projets régionaux parce que les poissons ne s’arrêtent pas à la frontière de la Mauritanie, ils vont au Maroc, au Sénégal. Nous travaillons donc toujours sur des échelles que l’on appelle les « large marine ecosystems ». On essaye d’avoir des unités de recherche qui soient suffisamment importantes et qui ne tiennent pas compte des frontières existantes. Donc nous travaillons soit dans le cadre de programmes régionaux et par exemple en Afrique, dans le cadre de la CSRP (Commission Sous-Régionale des Pêches) qui regroupe un certain nombre de pays comme la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée Bissau, la Sierra Leone, la Guinée, le Cap Vert et le Maroc. Dès que nous intervenons dans ces pays, nous sommes en contact avec tous ces partenaires.
Pour ce qui est de l’avenir et la possibilité de fédérer les activités de recherches dans le sud et de travailler de façon plus forte en partenariat, l’IRD est chargé de la mise en place et du fonctionnement d’une agence inter-établissement de recherche pour le développement qui aura vocation à fédérer toutes les activités de recherche dans les pays du sud. Cette agence qui devrait impliquer un ensemble d’instituts et d’universités qui y interviennent, est en cours de montage et on espère qu’elle arrivera à se développer. Dans le même temps, il y a un projet de monter une recherche pour le sud au niveau européen. C’est extrêmement porteur. Cette agence n’existe pas mais c’est déjà une réalité. Tous les appels d’offre auxquels on répond à l’IRD impliquent un certain nombre de partenaires du sud et des partenaires du nord. On essaie ainsi d’avoir une forte collaboration.
Dernier point, je pense que les pays du sud sont très demandeurs de collaborations et de formations. La nouvelle politique d’UMRisation des instituts, dans le sens de la formation et de l’amélioration des connaissances est très importante pour l’IRD puisqu’elle permet en plus des formations à la recherche par la recherche, des participations à des cycles de formations dans des universités françaises.

Brigitte Bornemann-Blanc : Je voulais signaler que l’IRD est installé à Brest depuis de nombreuses années et que Raymond Lae va créer avec l’UBO et plus particulièrement avec l’IUEM une plateforme de coopération. La coopération existe, mais elle va se formaliser sur le plan administratif. Pouvez-vous nous en dire un mot. Le deuxième point, je voulais rappeler que l’IRD est l’un des premiers établissements de recherches à mettre en place une comité d’éthique avec l’INRA. Ce n’est pas une révolution, mais formaliser l’éthique au cœur d’une recherche qui puisse être partagée entre différents établissements, entre l’alimentation, la pêche, l’agriculture, la production… était assez innovateur à l’époque, il y a une dizaine d’années. C’était un des souhaits du ministre de la recherche Hubert Curien.

Raymond Lae : Pendant très longtemps, l’IRD a été organisé en unités de recherche. C’est un institut relativement petit, il y a environ 2000 personnes, mais nous intervenons dans le monde entier dans des disciplines très variées puisque ça va de l’hydrologie à la santé, à l’agronomie.
En ce qui concerne les milieux aquatiques, domaines qui nous intéressent aujourd’hui, nous sommes peu nombreux. Donc, lorsque nous intervenons, nous avons besoin de compétences complémentaires, on ne peut pas tout faire au niveau de l’Institut. Une des solutions a été de s’ouvrir vers l’extérieur et de travailler de façon plus intensive avec l’université. Cela s’est traduit par « l’UMéRisation » des unités de l’institut. Le mouvement amorcé timidement, il y a cinq ans, s’est largement amplifié de telle sorte qu’en 2011 toutes les unités de l’institut seront mixtes. Ce qui veut dire qu’une unité comme la mienne, puisque je dirige actuellement une unité de recherche, va rejoindre l’UMR LEMAR à Brest. Nous allons donc intégrer le laboratoire avec un ensemble de thématiques communes qui intéressent les deux unités et la possibilité, pour ce qui nous concerne, pour tout ce qui touche à la biodiversité, la conservation, les aires marines protégées, de créer à l’IUEM un certain nombre d’axes transverses qui dépassent le cadre des UMR. En effet, nous allons plus travailler sur des problèmes d’écologie, de biologie, qui sont aussi des problèmes d’économie, de gouvernance. Ces axes transverses permettront de travailler avec l’UMR AMUR, de GEOMER, du LPO qui travaillent sur la modélisation des courants côtiers. C’est un ensemble de possibilités qu’on n’avait pas dans le passé.

Brigitte Bornemann-Blanc : Comment échangez-vous les informations avec IFREMER ?

Raymond Lae : L’IRD est implanté sur le site d’IFREMER, donc nous avons des relations extrêmement anciennes. Il n’y a pas d’échanges d’informations au sens où on ne travaille pas sur les mêmes zones. L’IRD n’intervient vraiment que dans les pays du sud ; IFREMER aussi puisque de temps en temps ils ont des expertises dans ces pays. Nous intervenons beaucoup avec IFREMER dans des programmes communs de réponses aux appels d’offre. Par exemple dans l’ANR AMPHORE dont je suis le coordinateur, IFREMER intervient sur toute la partie définition d’indicateurs biologiques. Nous intervenons plus sur les thèmes de recherche dans des projets communs que sur des chantiers. Par contre, il y a une collaboration extrêmement forte.

Brigitte Bornemann-Blanc : , Madame Piqueret, est-ce que vous pensez pouvoir à un moment donné introduire, utiliser, exploiter les données qui sont proposées par l’IRD , dans la base de données que vous allez créer? Est-ce que cela peut faire partie d’un échange ?

Raymond Lae : Puisque vous parliez d’éthique tout à l’heure, il faut savoir que les données de l’IRD ne lui appartiennent pas toujours. Les données que nous avons sont les données des pays en voie de développement, donc ça ne peut se faire que par un accord de ces pays. Je ne suis pas sûr que ça intéresse la base de données au niveau français, mais de toute façon, il y a un préalable qui est celui-là.

Marianne Piqueret : Pour revenir à la base de données Sextant, l’Ifremer héberge la base de données, mais les propriétaires des données en restent propriétaires. C’est-à-dire que nous avons une convention avec le Shom, avec Météo France… A chaque fois, le propriétaire des données reste propriétaire et c’est par le biais de convention qu’elles sont mises à disposition de différents projets comme celui de planification des énergies marines renouvelables. L’avantage de les stocker à un endroit donné c’est que cela permet de justement de définir ces droits.





Mis à jour le 30 mars 2010 à 11:04