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1998 : Risques associés aux progrès technologiques > TR 5 : Energie nucléaire : quelles orientations depuis 1997 en Europe ? >  Discours de Jean-Paul Schapira : Le contexte actuel de la gestion des déchets nucléaires

Discours de Jean-Paul Schapira : Le contexte actuel de la gestion des déchets nucléaires

Directeur de recherche au CNRS/IN2P3

Biographie :

SCHAPIRA Jean-Paul

Compte rendu :

Transcription :


24 octobre 1998 TR5


Discours de Jean-Paul Schapira :



Résumé : La production des déchets nucléaires oblige à en gérer l’élimination, à la veille du choix gouvernemental, Jean-Paul Schapira nous donne des éléments pour juger de la complexité de la prise de décision.

Le contexte actuel du nucléaire a une influence direct sur la mise en oeuvre de la politique de gestion des déchets entreprise en France dans le cadre de la loi de 1991 relative aux recherches à mener sur les déchets de haute activité et à vie longue, politique qui ne se résume pas seulement à une question de recherches mais qui prend en compte également les diverses contraintes que rencontre le nucléaire.
S’agissant du contexte hexagonal, on attend la décision du Gouvernement par rapport à la demande de l’ANDRA d’ouvrir des laboratoires souterrains sur des sites choisis parmi ceux qu’elle a présentés (granit : Vienne, argile : Meuse et Gard). A cet égard on rappelle les fortes réserves émises par la Commission Nationale d’Evaluation (CNE), instituée par la loi déchets de 1991, sur les chances que les résultats obtenus dans le laboratoire de la Vienne puisse qualifier ce site comme site de stockage opérationnel. On doit également signaler la forte demande sociale concernant la réversibilité des opérations de stockage, demande qui a amené le gouvernement à demander un rapport à la CNE, et qui apparaît aujourd’hui prise en compte dans de nombreux pays à l’étranger engagés dans le stockage profond de déchets radioactifs. Concernant l’option de séparation et transmutation, le fait le plus marquant depuis les derniers Entretiens de Brest de 1997 est certainement le consensus qui semble s’établir au niveau européen sur la nécessité d’étudier très sérieusement un système de transmutation faisant appel à un réacteur sous-critique assisté par un accélérateur, tel que celui proposé par C. Rubbia et qui fut présenté et discuté aux Entretiens de Brest de 1997.
D’une manière plus générale le nucléaire, malgré les inquiétudes que suscite dans certains milieux scientifiques et administratifs l’effet de serre lié aux émissions anthropiques de dioxyde de carbone, reste aujourd’hui une option suspecte aux yeux des opinions publiques posant un véritable problème à cette activité industrielle. Par ailleurs, la libéralisation en 1999 du marché européen de l’électricité conduira nécessairement à une logique du court terme favorable à des sources d’énergie autres que le nucléaire, en premier lieu le gaz. Bref, l’accent sera mis dès à présent sur le gaz et la maîtrise de l’énergie, et sur les énergies renouvelables comme option à plus long-terme.
Le contexte est donc très différent de celui des années 70, lorsque les promoteurs du nucléaire mettaient en avant une stratégie à long terme d’emploi des ressources d’uranium pour faire face à un accroissement supposé inéluctable de la demande énergétique dans un contexte de crise pétrolière et de recherche de l’indépendance énergétique. C’est probablement en France que l’on est allé le plus loin dans l’option nucléaire en lançant dès 1973 un ambitieux programme de construction de centrales nucléaires, en décidant parallèlement d’engager le retraitement des combustibles usés afin d’en extraire le plutonium, combustible de la nouvelle filière des surgénérateurs, appelée à remplacer celle des réacteurs actuels à eau pressurisée. On parlait alors d’au moins 20 réacteurs comme Superphénix d’ici la fin du siècle.
Ce schéma ne correspond plus à la réalité depuis plus de 10 ans, lorsque l’on se replia en 1985 sur un simple recyclage du plutonium dans certains réacteurs à eau pressurisée du parc. Depuis, Superphénix est arrêtée et même s’il est valorisable en principe, le plutonium est considérée de plus en plus comme un produit encombrant, posant des problèmes de sûreté et de protection vis à vis de la prolifération. Une récente compilation de l’AIEA indique qu’il y a aujourd’hui près de 250 tonnes de plutonium d’origine civile séparée chimiquement, une quantité largement en excès des besoins du recyclage.
Les électriciens engagés comme EDF dans le nucléaire mettent aujourd’hui la priorité sur le prolongement de la durée de vie de leurs réacteurs nucléaires une fois qu’ils ont été amortis, afin de produire un kWh à un coût marginal et donc compétitif. Il n’est pas clair en revanche que l’on s’engagera à construire de nouveaux réacteurs, ailleurs qu’en Asie (et en Europe de l’Est) qui sont les seules régions du monde à commander des réacteurs. Aussi, devant la traversée du désert qui devra continuer pour le nucléaire, les électriciens s’orientent de plus en plus vers un entreposage de longue durée des combustibles usés non retraités (environ 350 tonnes sur un total de 1200 tonnes par an pour la France). Avec la décision annoncée par le nouveau gouvernement de sortir du nucléaire, des menaces sérieuses pèsent en France et au Royaume-Uni sur l’industrie du retraitement, fondée pour l’essentiel sur le retraitement des combustibles allemands et japonais.
Cette situation peut durer encore une vingtaine d’années et a une conséquence sur la gestion des déchets pour laquelle la mise en place de solutions techniquement fondées et socialement acceptées demeure un enjeu essentiel du nucléaire. Sur le court terme, on met aujourd’hui l’accent sur tout ce qui tourne autour de l’entreposage de longue durée des déchets (verres de retraitement, déchets de faible et moyenne activité, combustibles usés notamment MOX), tout en affichant une priorité pour le stockage profond qui ne pourra de toute façon être mis en oeuvre qu’au au delà 20-30 ans pour des raisons techniques (nécessité de refroidissement préalable des déchets de haute activité) et pour s’assurer de la sûreté à long-terme du ou des site(s) de stockage sélectionné(s).
Pour le long-terme, des recherches de base sont engagées dans les domaines de la séparation et de la transmutation, notamment sur les systèmes hybrides (type proposé par C. Rubbia). De tels systèmes impliquent en fait une sorte de poursuite du nucléaire, car ils nécessitent une industrie nucléaire et des centres de recherche nucléaire pour les concevoir et les construire, ainsi que plusieurs décennies de fonctionnement pour obtenir un effet significatif sur la réduction des déchets. Ils peuvent soit être intégrés à un système de production électronucléaire (limitation des déchets et stabilisation au bout d’une cinquantaine d’années de leur inventaire) soit fonctionner dans le cadre “d’une sortie du nucléaire” pour détruire les déchets (ceux dits à vie longue et produits à l’intérieur des combustibles usés des centrales) ; mais là également, on aura besoin de durées très longues entre 50 et 100 ans selon les caractéristiques des incinérateurs utilisés.





Mis à jour le 07 février 2008 à 16:38